Le vendredi 8 mai une grande manifestation publique a eu lieu à Bruxelles pour créer une base politique et sociale large, afin que l'exécutif flamand nouveau s'engage à un nouveau plan pluriannuel pour l'aide aux personnes handicapées. Lors de la dernière réunion plénière du parlement flamand, on a approuvé presque unanimement une résolution dans laquelle on demande à l'exécutif suivant de réserver sur une période de 5 ans 22,5 millions d'euros par an pour le secteur des soins aux personnes handicapées. D'une part, cette résolution hautement inhabituelle signifie un engagement important pour l'exécutif flamand futur. Une résolution n'a pas un caractère contraignant, mais représente bien une recommandation forte. Les politiciens perdraient leur crédibilité si après les élections cette résolution était simplement mise de côté, sachant que selon l'analyse récente du marché effectuée par l'institut Gfk, la confiance en les politiciens n'a jamais atteint un niveau si bas. D'autre part, il est remarquable que, quelques semaines avant les élections, il y ait soudainement suffisamment de volonté politique présente pour approuver un plan pluriannuel ambitieux de 112,5 millions d'euros. Dans ce qui suit, je présente quelques réflexions sur la discussion sociale et politique qui dure déjà longtemps relative aux problèmes dans le secteur des personnes handicapées (listes d'attente, manque de personnel, ...) et l'approche éventuelle de ces problèmes.
En première instance on ne peut oublier les efforts déjà fournis par les pouvoirs publics. Ainsi, 2.201 places se sont ajoutées dans le secteur (semi)résidentiel et 4.002 places dans le secteur ambulatoire. On a également libéré des budgets supplémentaires pour l'assistance matérielle individuelle et le budget personnel d'assistance. Pourtant, non tous les objectifs ont été atteints, comme faire disparaître les listes d'attente. L'appel venant des établissements, des référents d'établissements, des organisations de coordination, des organisations d'utilisateurs, des syndicats, ... pour avoir encore plus de moyens est certainement justifié quand nous voyons les chiffres des listes d'attente (10.300 personnes attendent un établissement et 4.400 un budget personnel d'assistante) et quand nous voyons le contenu qui est donné à la norme en matière de personnel parmi tous les établissements (environ 88 %). Le chiffre des naissances croissant et l'espérance de vie croissante augmenteront encore le nombre de personnes handicapées. En conséquence de ces tendances démographiques, on attend dans les années à venir peu de flux sortant suite à des décès. Les pouvoirs publics devront également tenir compte des évolutions comme l'émiettement du réseau social, la diminution des soins donnés par les proches, le besoin croissant de plus de soutien professionnel, le nombre augmentant de personnes avec un handicap qui les empêche de travailler, ... Il n'est pas encore clair quel effet le diagnostic prénatal augmenté a sur le nombre d'enfants avec un handicap inné. Les budgets supplémentaires sont nécessaires aussi bien pour l'extension de l'offre (semi)résidentielle que pour plus d'implémentation des projets d'innovations dans les soins comme le budget personnel d'assistance, le budget lié à la personne, ... C'est une approche où les deux doivent être présents, basée sur une vision claire qui n'a rien à voir avec la pilarisation. Certains critiques affirmeront qu'on ne peut pas créer un paradis social sur un cimetière économique. C'est correct, mais finalement la discussion sur les moyens revient à définir des priorités dans l'aide sociale et les soins de santé, plutôt que de fixer des limites. C'est là aussi le contenu chrétien de la notion de « solidarité ». Dans une perspective chrétienne notre choix doit porter sur une société qui est socialement juste et solidaire. Outre pour des moyens supplémentaires, je veux encore une fois rompre une lance pour approcher les causes qui sont à la base d'un certain nombre de handicaps, comme les lésions cérébrales acquises en conséquence d'accidents de la route pendant les week-ends, les problèmes comportementaux et affectifs croissants chez des enfants et des jeunes, ... Ces causes ne peuvent pas simplement être résolues par des décrets et des règlements, mais supposent une modification fondamentale de la mentalité dans l'ensemble de la société.
La politique future en matière d'aide doit être un reflet de la nouvelle vision du handicap et de la vie avec un handicap, conformément à la Convention des Nations Unies pour les droits pour les personnes handicapées. Cette vision ne peut être réalisée pleinement que dans la mesure où la société s'ouvre à l'inclusion sociale. Cela signifie que des personnes handicapées deviennent le plus possible une partie de la société ou le restent en utilisant de façon optimale les services qui sont accessibles à tout citoyen, comme le travail, la formation continuée, le temps libre, la rencontre, ... L'accent est ici sur les possibilités de la personne avec un handicap et non sur les limitations. Une aide spécifique restera bien toujours nécessaire, mais alors le plus possible à l'intérieur de la société normale. Le budget personnel d'assistance et le financement lié à la personne sont ici des instruments importants. Egalement en collaborant plus avec d'autres secteurs (l'enseignement, l'emploi et le travail, le logement, ...) le concept de l'inclusion peut davantage prendre forme. Dans ce contexte, je veux également souligner l'importance de plus d'emplois dans le monde des entreprises pour les personnes handicapées. Dans une Flandre sociale, les principes de solidarité et de justice sociale dans la vie économique ne peuvent faire défaut.
Dans le futur plan pluriannuel, il ne peut être ainsi que des groupes spécifiques restent oubliés. Il s'agit entre autres d'environ 140 internés avec un handicap mental qui résident dans des prisons flamandes dans des conditions souvent indignes de l'homme. Pour ces personnes, les pouvoirs publics flamands ont jusqu'à présent créé 3 unités spécifiques de 10 lits. Le plan fédéral pluriannuel de la Ministre Onkelinx pour le développement d'un trajet de soins légal prévoit 30 lits pour ce groupe cible. Et il y a encore le groupe relativement grand d'environ 600 personnes avec un handicap mental présentes en psychiatrie (principalement en Flandre). Par le manque d'établissements pour des adultes handicapés, ils sont arrivés au cours des années dans les hôpitaux psychiatriques. Dans les années nonante, ils ont été transférés en conséquence d'une reconversion vers les maisons de soins psychiatriques, où finalement ils ne sont pas à leur place. En conséquence de leur handicap, ils ont besoin d'un cadre orthopédagogique avec un encadrement en personnel substantiellement plus élevé plutôt que d'un cadre de soins. La situation actuelle est une forme importante de discrimination qui peut recevoir une solution en accordant à ces maisons de soins psychiatriques en Flandre, outre un budget fédéral, un budget supplémentaire à la charge de la communauté flamande, afin de faire correspondre quantitativement et qualitativement la norme en personnel de ces maisons avec la norme des homes pour non-travailleurs. De cette façon les listes d'attente peuvent être diminuées fortement. Pour le coût d'un lit extra, directement 3 personnes peuvent être biffées sur la liste d'attente.
Nous ne pouvons qu'espérer que l'exécutif flamand prend au sérieux le développement de la politique d'aide sociale et que la société donne vraiment des chances au concept d'inclusion, comme il convient dans une société humaine où les uns prennent soin des autres.
Raf De Rycke
Administrateur délégué des Frères de la Charité
