Le plan de la Ministre Onkelinx pour introduire, à titre d'expérimentation, des tests gratuits de drogue, a suscité surtout chez les politiciens déjà beaucoup de réactions négatives. Selon la Ministre Onkelinx, l'idée est basée sur une proposition de l'association de problèmes d'alcool et d'autres drogues (VAD). Est-ce que nous devons applaudir une telle expérimentation dans le cadre de la politique contre les drogues en général et de l'aide aux toxicomanes en particulier, ou cela va-t-il trop loin ?
Pour répondre à cette question, nous devons fixer sans ambiguïté l'objectif de l'expérimentation concernée. Apparemment, certains malentendus circulent sur ce dossier. Si l'objectif de l'expérimentation est une sorte de test de la qualité des drogues qui sont confisquées ou que remettent des toxicomanes ou leur entourage immédiat (par exemple des parents) quand ils commencent un traitement ou sont en traitement, cela me semble un projet justifié. C'est ce qui vise également la VAD, qui veut mettre cela sur pied avec la Ministre Onkelinx. Alors, il ne faut pas formuler de la critique négative. De cette façon, de la recherche scientifique intéressante peut être effectuée sur la composition de la drogue pour informer la société des risques pour la santé et pour la sécurité. Beaucoup de toxicomanes sont insuffisamment conscients des grands risques qu'ils prennent, certainement quand la composition implique encore plus de conséquences néfastes pour la santé. La consommation de drogues avec une composition pure menace en tant que telle déjà sérieusement la santé. Lorsqu'on triche avec la composition (augmentation ou diminution de la concentration ou une composition viciée), cela augmente évidemment cette menace. Nous savons maintenant déjà que par la production plus sophistiquée on utilise un cannabis beaucoup plus fort que par le passé. Il s'agit alors d'une augmentation de la concentration de THC (tétra-hydrocannabinol) dans les plantes de cannabis qui sont cultivées. Plus de recherche scientifique peut prouver que certaines drogues avec l'étiquette de drogues douces sont en fait des drogues dures. Cela peut fournir une plus-value pour la politique anti-drogue, surtout pour l'information et la prévention.
Si l'objectif de l'expérimentation allait beaucoup plus loin et aspirait à une espèce de test général de la qualité pour toutes les sortes de drogue (cannabis, héroïne, XTC, ...) dans les possibilités de sortie, alors il faut allumer un feu rouge. Ce contenu rejoint une discussion au Sénat sur une résolution de tester des drogues chez ce qu'on appelle des utilisateurs récréatifs. Comment une telle approche rime-t-elle avec une interdiction des drogues qui est toujours en vigueur dans notre pays et avec les nombreux efforts sur le plan de l'aide aux toxicomanes ? Cela renforce l'attitude hypocrite déjà existante d'accorder en même temps une basse priorité de poursuite pour le cannabis et en même temps d'en interdire la distribution. Tester gratuitement des drogues dans le climat récréatif cadre dans l'approche « harm reduction ». Cela veut dire toute une série de mesures comme des échanges de seringues et la mise à la disposition d'un espace où les utilisateurs d'héroïne peuvent s'injecter sous surveillance médicale, ... Le message à donner est et doit rester que dans chaque politique anti-drogues la prévention est le premier fondement, suivie par la thérapie, la répression et la « harm reduction ». La prévention consiste à prévenir la consommation de drogue et non une espèce de consommation de drogue sûre. Nous ne pouvons éveiller par la fourniture d'une sorte de label de qualité l'illusion que par ce fait toutes les conséquences néfastes de la consommation de drogue pour la santé sont résolues. En outre, nous pouvons nous poser la question de savoir combien cela coûtera, certainement quand c'est appliqué à une grande échelle. Nous pouvons partir du point de vue que de tels tests demanderont des tas d'argent et que pendant une époque de récession économique grave il y a quand même d'autres priorités dans la politique anti-drogue.
Des partisans des tests gratuits de drogues dans le contexte large argumentent qu'on ne peut plus s'imaginer notre société sans consommation de drogue et que nous devons par conséquent protéger les utilisateurs le mieux possible contre des produits de qualité inférieure ou dangereux. Ce n'est pas parce que la consommation de drogues augmente, qu'on puisse la considérer comme la norme. Une société qui fait la norme d'un comportement de fait qui implique de grands risques pour par exemple la santé, emprunte une voie dangereuse et arrive à terme dans une situation sans perspective. Donnons à l'expérimentation le contenu que la VAD propose et non celui de la résolution précitée. Je plaide pour l'objectif clair de l'expérimentation qui doit revenir à avoir plus de connaissance scientifique de la composition de drogues dans notre pays.
Raf De Rycke,
Administrateur délégué des Frères de la Charité
